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Le déconfinement des enfants ou la deuxième vague comme surmoi



La première période épidémique de covid-19  a été accompagnée d’une communication banalisante.

La maladie a été associée à une «  gripette ». Cette maladie  « ne concernait pas les enfants », le virus n’était « pas dans l’air », cela ne servait à rien d’avoir un masque. Les faits initiateurs étaient alors présentés dans un langage relevant du registre infantile. Dans la continuité de la communication banalisante inaugurale, cette période semblait marquée sous le sceau d’une absence de prise de conscience collective.


Pourtant, l’épidémie de Covid-19 est devenue plus tangible en mars, descendant sur notre pays

comme une vague venue de l’est, nous a conduits au confinement depuis le 16 mars 2020,

lendemain du premier tour des élections municipales. Le 16 mars sonnant le début de la fermeture des écoles et le début de l’école à la maison, les restrictions prenaient ainsi une dimension sociale large.


Les enfants étaient donc à cette date confinés pour un temps indéterminé, dans un espace réduit au domicile, avec une obligation de télé-travail. Les enfants relataient largement un sentiment délibéré de « covi-vacances », encouragé par ailleurs par un éloignement de la mort tenue cachée, rendue non-concrète par les distances protocolaires puisque sans obsèques.


Cette première vague en communication était celle d’une légèreté de situation non perçue, voire le sentiment d’un ludisme en continuité avec l’activité quotidienne des jeux en ligne.


Le ton de la communication du gouvernement a changé le 16 mars au soir, avec le discours de notre président indiquant qu’il s’agit d’une guerre : « nous sommes en guerre ».

Au fil des semaines, les courbes de développement du Covid ont atteint mi-avril un plateau, suivi

d’une accalmie, accompagné d’une crise économique. S’est fait jour progressivement la nécessité de redémarrer la production, de faire garder les enfants, et dès lors de les déconfiner.


Le non-respect des gestes barrières peut-il déclencher une deuxième vague ?


Pendant ce temps à l’Est se fait sentir la crainte d’une deuxième vague. L’Allemagne s’y prépare. Les médecins s’interrogent : le virus mutant nous reviendra –t-il plus virulent ? Avec cette crainte, des questions légitimes des citoyens : cette deuxième vague représente-t-elle un vrai risque ? Le non-respect des gestes barrières peut-il déclencher une deuxième vague ? Si la première nous avait exténués, la deuxième pourrait-elle nous mettre au tapis, en termes sanitaires, sociaux, financiers ?

Dans l’inconnue de cette deuxième vague, dans sa méconnaissance, voire dans un déni

indéboulonnable, le déconfinement des enfants pourrait-il rimer inévitablement avec engouement, frénésie, légèreté ? Cette légèreté est –elle aussi un autre type de risque (tout autant que la panique du reste ?) ?


C’est ici même qu’une rupture sémiologique et symbolique peut être encouragée.

En effet : peut-on se saisir du risque d’une deuxième vague, avec peut-être même une mutation du séquençage du COVID-19, aux fins d’un instrument surmoïque ?

Le surmoi est entendu ici psychanalytiquement comme l’instance psychique intérieure à chacun,

constituée des interdits et des repères de délimitation entre ce qui peut être fait et ce qui ne doit pas l’être.

Ainsi identifier le risque de deuxième vague comme instrument surmoïque revient à identifier celle-ci comme motif d’éducation au Covid.

Le surmoi mieux positionné avec cette possible deuxième vague, permet de mieux repositionner les responsabilités adultes, et de mieux installer la prise de conscience d’une menace vitale et de ses enjeux sociétaux.

Peut-être qu’à cette condition de rectification surmoïque le déconfinement des enfants serait plus responsable.


Et éventuellement cela nécessitera-t-il, dans les semaines de classes à la maison qui précèdent le déconfinement, de présenter aux enfants de la part de leurs établissements scolaires et professeurs principaux :

- des tutoriels sur le nettoyage des mains par des cadres de puericulture ?

- des cours sur les pandémies ?

- une obligation de porter un masque alternatif ?

- des règlements intérieurs intégrant les gestes  barrières ?

- un cours didactique adapté sur le Covid ?


Cet effort préventif sera éducatif pour la période présente et pour l’avenir, puisque ces données

d’hygiène de base sont un apport pertinent pour les citoyens.

Les défaillances dans le déploiement d’une gestion des risques adaptée lors de la première vague peuvent être corrigées en attendant la deuxième vague. Le déconfinement des enfants coïncide avec cette nécessité.

Il semble que les établissements scolaires se saisissent déjà de cette opportunité pour repositionner l’instance surmoïque qui faisait défaut, nous devrions les y encourager largement.


Marie Bonnet

Psychanalyste-Psychothérapeute

Docteure en Anthropologie

Directrice d’hôpital en disponibilité

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